Il est des mots de la langue française que je déteste. Réforme en est un. Il a même dépassé “solidarité”. Mais je sens que celà vous intrigue. Alors on va faire un détour par la solidarité, avant la réforme.
Comme beaucoup d’autres jolis mots, solidarité a été vidé de son sens par le grand capital et ses amis les journalistes.
Dans les années 80, solidarité c’était un moustachu polonais qui se battait pour les droits des ouvriers. Mais aujourd’hui, solidarité est un mot utilisé essentiellement par les riches, et qui signifie que les pauvres doivent se démerder entre eux. D’ailleurs les pauvres, toujours admiratifs devant les trouvailles des riches, ont adoré le concept. Et c’est ainsi que les pauvres envoient des millions pour le téléthon, pour le tsunami, pour les restos du coeur, pour la Croix Rouge, pour la greffe de cerveau d’Evelyne Thomas, et j’en passe…
Mais revenons à la réforme, ou plutôt aux réformes, un malheur n’arrivant jamais seul.
Les réformes sont au coeur de la politique française depuis plusieurs années. D’ailleurs il se passe rarement une semaine sans que Jean-Pierre Pernaut ou Patrick Poivre ne nous ressortent un émouvant couplet sur ces français (forcément couillons) qui refusent obstinément les réformes (forcément modernes et porteuses de progrès) sur les retraites, sur la sécurité sociale, sur le droit du travail etc. Car à écouter nos énarques à costume gris, et leurs portes paroles journalistiques à implants capillaires, les réformes constituent la solution universelle à tous nos maux. Ainsi pour les retraites : François Fillon nous a expliqué gravement que l’on allait droit dans le mur, que les caisses de retraite étaient toutes dans le rouge, et que par conséquent une réforme était inévitable. Avec l’argument qui tue : nous vivons de plus en plus longtemps (à ce sujet, lisez absolument cet article !), il est donc normal que nous travaillions plus longtemps ! Et ça, M. Fillon nous l’a annoncé avec d’autant plus de conviction que l’odieux régime de retraite spécial qui est le sien n’est bien sûr pas concerné par la réforme.
Il est d’ailleurs intéressant de constater que les réformes, si elles sont synonymes de dégradation des acquis sociaux pour les pauvres, sont en revanche synonymes de progrès pour les riches, ainsi cette dépêche de l’AFP, qui n’a pas eu les honneurs des JT de TF1 :
Et sans l’intervention outrée de Jean-Louis Debré, cette audacieuse réforme passait tranquillement…