C’est en effet un jour historique pour deux raisons.
Ce jour là, pour la première fois, un journaliste (Arlette Chabot, en l’occurrence), posait une question embarrassante à un Président de la République en exercice.
A quoi, pour la première fois également, ce Président répondait en toute franchise, dévoilant sans ambages le fond de sa pensée.
Pourquoi vous parler de ce jour, aussi historique soit-il, presque 2 ans plus tard ? Tout d’abord, évidemment, parceque Inoxydable n’ existait pas encore. Et surtout, je ne pouvais rester insensible devant la belle unanimité qui a accueilli avec les plus grands éloges la sortie récente du livre de louanges de Pierre Péant, “L’Inconnu De L’Elysée”. Même Marianne a saluée avec admiration la sortie de cet ouvrage. Jean-Jacques Bourdin lui-même a reçu Pierre Péant avec une bienveillance assez inhabituelle. Je me suis donc senti naturellement obligé de rappeler une interview qui donne une image bien différente de notre cher Président.
Celà se passe donc le 14 juillet 2005, en direct sur TF1, Jacques Chirac est interviewé par Patrick Poivre et Arlette Chabot. Quelques semaines plus tôt, l’INSEE a annoncé très officiellement qu’un million d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté en France.
Nos deux amis journalistes interrogent donc le Président, au cours d’un entretien assez soporifique, lorsque Arlette Chabot, jamais à court de facéties, pose enfin une question pertinente à M. Chirac :
“… On se dit qu’aujourd’hui, il y a un million d’enfants, en France, qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le ministre des Finances dit : on vit au-dessus de nos moyens, on a une dette qui explose. Qu’est-ce qu’il faut garder du modèle social, ou il n’est pas obsolète ?”
D’aucuns se seraient sentis ambarrassés, auraient crié à la calomnie, auraient juré la main sur le coeur qu’ils allaient mettre toutes leurs forces dans le combat contre la pauvreté… Mais notre cher Président ne s’est pas encombré d’artifices, il a été contre toute attente, d’une franchise absolue :
“…Je me permets de vous faire remarquer que si en France, c’est vrai, il y a 7% d’enfants qui sont en dessous des normes fixant le seuil de pauvreté, en Angleterre c’est 17%. Je dis simplement cela pour dire, il ne faut par croire que nous sommes···”
Pour reprendre son expression fétiche, ça lui en touche une sans bouger l’autre ! Sans doute que s’il y avait eu 15% d’enfants pauvres en France, il aurait répondu qu’au Bengladesh ils sont 40%…
Pas de doute, ce grand humaniste nous manquera.